Féminismes
Une chronologie qui ne monte pas
Douze courants présentés sans palmarès. L’ordre de la page n’est pas une progression vers la vérité.
Des autrices citées dans un courant n’en sont pas les propriétaires. Plusieurs courants se disputent les mêmes textes.
Féminisme libéral
Les femmes sont des individus rationnels, titulaires des mêmes droits civils et politiques. L’égalité passe surtout par la réforme du droit et l’accès aux institutions existantes.
Féminisme radical
Le patriarcat est un système propre, pas un retard juridique. Le privé est politique. La sexualité et le corps sont des lieux de pouvoir.
Féminisme matérialiste
Le genre est un rapport social d’appropriation et d’exploitation, d’abord visible dans le travail domestique. La classe de sexe n’est pas une identité psychologique.
Féminisme marxiste
Le travail, la reproduction de la force de travail et la propriété organisent une grande part de l’oppression. L’émancipation juridique sans transformation économique reste partielle.
Féminisme socialiste
Deux systèmes, ou un système à plusieurs faces : capitalisme et patriarcat se renforcent sans être identiques. La lutte est à la fois économique et sexuelle.
Féminisme noir
Race, sexe et classe font système. Le savoir vient aussi de l’expérience, sans que l’expérience soit une preuve statistique. La déclaration de Combahee (1977) est un texte majeur.
Féminisme lesbien
L’hétérosexualité est une institution. Séparer les femmes des féminismes qui organisent leur vie autour des hommes. Adrienne Rich et Monique Wittig sont deux versions non interchangeables.
Féminisme intersectionnel
Analyser les rapports ensemble, dans des situations, pas additionner des identités. Regarder qui le droit, la police, l’hôpital ou l’emploi n’arrivent pas à voir.
Féminisme décolonial
Le sexe a été un outil colonial. Un féminisme qui ignore l’empire reproduit une géographie du savoir. Les femmes du Sud ne sont pas un public à éduquer.
Écoféminisme
Les dégâts écologiques et les assignments de soin ne sont pas deux dossiers. Le corps, la subsistance et la terre se pensent ensemble.
Féminisme queer
Les normes produisent les sujets qu’elles classent. Défaire l’évidence du sexe. Lire la honte, la répétition, l’échec des normes.
Transféminisme
Le féminisme qui défend l’assignation de naissance contre les personnes concernées rate son propre refus de la destinée. Les violences, le travail du sexe, la prison, la médecine et la précarité sont des terrains transféministes centraux.
Féminismes africains
Refuser « la femme africaine » et « le genre africain ». Lire des cas : Nnobi chez Amadiume (1987), Yoruba chez Oyěwùmí (1997), anthologie chez Tamale. Le cas n’est pas la loi.
Féminisme communautaire
La communauté n’est pas un décor. Le corps, la terre et la mémoire politique se pensent ensemble. Le féminisme ne commence pas à Paris.
Féminismes en contextes musulmans
La piété, le droit et le voile ne sont pas seulement des symptômes d’oppression. Ils peuvent être des pratiques argumentées. Les droits des femmes ne se mesurent pas à la ressemblance avec l’Europe.
Féminismes autochtones
On ne parle pas du genre des femmes autochtones sans parler de la terre et de qui a le droit de raconter. Les catégories coloniales, y compris gay et trans imposées, font partie du problème.