Lexique
Les notions, sans les fusionner
Chaque notice dit ce qu’elle est en train d’affirmer : définition, théorie, histoire ou résultat. Le filtre par plan d’ontologie empêche de ranger l’orientation dans le genre.
35 notices
- GenreManière dont des sociétés organisent, nomment et hiérarchisent des différences qu’elles rapportent au sexe. Selon les traditions, le genre est un rapport social, une identité, une norme répétée, ou ces plans à la fois. Le mot ne désigne pas une seule chose.
- Sexe assigné à la naissanceMention de sexe inscrite à la naissance, en général après un regard sur les organes génitaux externes. C’est une décision administrative, appuyée sur un critère visible, pas un inventaire du corps.
- Caractéristiques sexuellesEnsemble des traits corporels liés au sexe : chromosomes, gonades, taux hormonaux, organes internes et externes, caractères secondaires. Ils ne s’alignent pas toujours sur deux cases exclusives.
- Identité de genreGenre dans lequel une personne se reconnaît — femme, homme, non-binaire, ou un mot d’une autre langue — ou le fait de ne pas se vivre dans un genre. C’est une autodésignation, pas un diagnostic.
- Expression de genreFaçons d’apparaître — vêtements, voix, gestes, parures — telles qu’une culture les lit comme féminines, masculines ou autrement. La lecture appartient autant au public qu’à la personne.
- Orientation sexuelleManière relativement durable dont le désir sexuel se dirige, ou non, vers des personnes d’un genre donné, de plusieurs genres, ou vers personne. Ce n’est ni une pratique isolée, ni une identité de genre.
- Orientation romantiqueDirection de l’attachement romantique, séparée du désir sexuel dans les vocabulaires asexuels et aromantiques contemporains. Une personne peut être bisexuelle et homoromantique, asexuelle et hétéromantique, ou aromantique.
- Pratiques sexuellesCe qui se fait, s’est fait, ou ne se fait pas, entre des personnes capables de consentir, ou parfois hors de ce cadre quand il y a violence. Une pratique ne pose pas une identité.
- Rôles sociaux de genreAttentes distribuées selon les genres : qui soigne, qui hérite, qui parle, qui est disponible sexuellement, qui part à la guerre. Ces attentes changent avec la classe, la race, l’âge, le handicap et l’époque.
- Positionnement politique et militantAdhésion à une analyse, une organisation, une tactique. Ce n’est pas une identité sexuelle. On peut être lesbienne sans féminisme lesbien, et féministe sans être concernée par toutes les luttes LGBTQIA+.
- Autodésignation identitaireMot par lequel une personne se désigne, dans une langue et un milieu. Il prime, dans cet atlas, pour parler d’elle. Il ne devient pas pour autant une catégorie universelle, complète ou obligatoire pour les autres.
- HétéronormativitéOrganisation sociale qui rend l’hétérosexualité, le couple et la binarité de genre évidents, souhaitables et souvent obligatoires. Ce n’est pas l’existence des personnes hétérosexuelles.
- CisnormativitéAttente sociale selon laquelle le genre vécu coïncide avec le sexe assigné, et selon laquelle cette coïncidence serait plus naturelle, plus saine ou plus réelle. « Cis » nomme cette coïncidence quand elle a lieu, sans en faire un compliment ni une insulte.
- QueerD’abord une insulte anglaise visant ce qui s’écarte des normes de genre et de sexualité. Réappropriée, à partir de la fin des années 1980, comme position critique. En français, le mot reste traduit, discuté, parfois refusé.
- Performativité du genreThèse, associée à Judith Butler : le genre n’est pas l’expression d’une identité intérieure déjà là. Il est produit par la répétition de normes. Ce n’est pas un choix de costume.
- IntersectionnalitéConcept forgé par Kimberlé Crenshaw en 1989 : des dispositifs qui ne traitent qu’un axe de discrimination à la fois rendent certaines personnes juridiquement invisibles, en particulier des femmes noires.
- Stress minoritaireModèle proposé par Ilan Meyer (2003) : les écarts de santé mentale observés chez des personnes lesbiennes, gays et bisexuelles s’expliquent en partie par des stresseurs sociaux — préjugés, discriminations, dissimulation, attente du rejet — et non par l’orientation elle-même.
- IntersexuationSituations où les caractéristiques sexuelles d’une personne ne correspondent pas aux définitions médicales typiques du corps dit masculin ou féminin. C’est un rapport au développement sexué, pas une orientation et pas, en soi, une identité de genre.
- TransidentitéFait, pour une personne, de ne pas se reconnaître dans le sexe assigné à la naissance, et de se vivre dans un autre genre ou hors de la binarité. « Trans » est un adjectif : on dit une personne trans, une femme trans, un homme trans. Ce n’est pas une pathologie.
- Incongruence de genreCatégorie de la CIM-11 (OMS), en vigueur depuis le 1er janvier 2022, placée dans le chapitre de la santé sexuelle et non plus parmi les troubles mentaux. Elle décrit une incongruence marquée et persistante entre le genre vécu et le sexe assigné, dans un cadre de classification sanitaire. Elle n’est pas l’identité trans.
- Non-binaritéAutodésignations de personnes qui ne se reconnaissent pas exclusivement homme ou exclusivement femme. Le terme parapluie contemporain ne résume pas les catégories historiques ou non européennes.
- BisexualitéOrientation sexuelle : désir envers plus d’un genre. Ce n’est ni une phase obligée, ni une indécision, ni la somme d’une homo et d’une hétérosexualité.
- LesbianismeDésir et identification de femmes envers des femmes. Peut aussi, dans certains textes féministes, nommer une position politique de refus de l’institution hétérosexuelle. Les deux sens ne doivent pas être confondus.
- Homosexualité comme catégorieNom moderne d’une orientation, et, avant cela, catégorie médicale du XIXe siècle. La fiche porte sur l’histoire du mot et du classement, pas sur la valeur des personnes homosexuelles.
- Féminisme matérialisteCourant francophone qui analyse le genre comme un rapport social d’appropriation, en particulier dans le travail domestique. Christine Delphy et Colette Guillaumin en sont des figures centrales. Ce n’est pas un synonyme de « féminisme concret ».
- TransféminismeFéminismes qui intègrent les expériences trans comme questions féministes centrales — violences, travail, médecine, prison, famille — et non comme un problème extérieur.
- Décolonialité et genreEnsemble de critiques qui tiennent le sexe pour un outil des empires, des esclavages et des missions civilisatrices, y compris quand cette mission parle le langage des droits des femmes.
- Féminismes africainsEnsemble de recherches, de luttes et de désaccords produits sur le continent et dans ses diasporas. Il n’y a pas un féminisme africain, ni une femme africaine, ni un genre africain que l’on pourrait résumer.
- HijraCommunautés d’Asie du Sud, organisées notamment par des lignées rituelles, dont les membres n’entrent pas dans la binarité homme/femme telle que l’ont codée les administrations coloniales puis nationales. Ce n’est pas la traduction de « femme trans » ni de « non-binaire ».
- TravestilitéIdentité politique et expérience sociale latino-américaine, notamment argentine, portée par des personnes assignées hommes qui vivent dans un genre féminin, dans un rapport historique à la police, au travail sexuel et à la mort précoce. Ni un spectacle drag, ni le calque de transgender.
- Two-spiritTerme anglais contemporain, proposé en 1990 lors d’un rassemblement intertribal à Winnipeg, pour que des personnes autochtones d’Amérique du Nord se nomment hors des catégories coloniales. Il ne remplace pas les mots de chaque nation et il n’est pas un mot du XVIe siècle.
- HomoparentalitéSituations où au moins un parent se dit homosexuel, lesbien, bisexuel, ou où un couple de même sexe élève un enfant. C’est une organisation familiale, pas une orientation sexuelle et pas un type psychologique d’enfant.
- Coming outGeste, répété et situé, par lequel une personne dit son orientation ou son genre à d’autres. Ce n’est pas un événement unique, ni une obligation morale, ni la preuve d’une identité plus vraie.
- AsexualitéOrientation caractérisée par une absence durable, ou une présence très limitée, de désir sexuel envers autrui. Elle n’est ni une pathologie, ni un choix moral, ni la continence, ni l’incapacité médicale.
- Savoirs situésIdée, développée dans les études féministes des sciences, que tout savoir est produit depuis une position, et que le reconnaître rend le savoir plus responsable, pas moins rigoureux. Un témoignage documente une expérience. Il n’établit pas une prévalence.
Suivies sur cet appareil
Aucune. Le suivi reste local, sans compte.